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Argentina Tango au théâtre romain de Carthage L’histoire émouvante d’une passion

Un face à face à la fois tendre et violent entre une femme et un homme. Un mouvement flottant et intense sur l’immense scène du théâtre antique de Carthage, dans un espace-temps indéfini, entre ciel et terre, sur la trame d’une image suggestive donnant à voir l’un des plus prestigieux fiefs du Tango argentin, en plein cœur de Buenos Aires.

C’est dans cette atmosphère que débute le spectacle Argentina Tango, présenté mardi soir dans le cadre de la 53ème édition de Carthage devant un public averti et fin connaisseur.

On est loin des clichés d’une danse galvaudée par l’usage excessif d’une fausse image du patrimoine, mais en dans la dynamique d’une démonstration unique et singulière d’un art majeur dont les ramifications se prolongent dans le cadre d’un triangle reliant trois pays : l’Argentine, l’Espagne et l’Italie.

Ce n’était pas un spectacle ordinaire, mais un voyage à travers l’histoire de cette expression qui a vu le jour en Italie, grandi en Espagne et évoluer en Argentine où il a pris une autre dimension grâce à l’apport riche et multiple d’une société multiethnique. Sur la scène du théâtre de Carthage, le public a eu droit à des délices d’initiés avec des tableaux à couper le souffler déclinant cette histoire émouvante du Tango.

Emouvants, à plus d’un titre, car les gestes des danseurs et leurs mouvement étaient aériens, précis, gracieux, tendres et toniques. La musique était forte, mélodieuse et harmonieuse avec les sonorités voluptueuses du piano associé au Villon et au violoncelle.

L’atmosphère était reposante mais interpellant tous les sens, ce qui donne la chair de poule aux plus endurci. Des costumes élégants aux couleurs très nuancées, mettant en relief des corps élancés, beaux, taillés dans la finesse et la délicatesse du cristal. Il y avait de la magie dans l’air.

Dès le premier tableau, le public était déjà hypnotisé par la beauté de la gestuelle des danseurs qui évoluaient avec des pas sûrs mais avec une sensualité telle que l’on oublie leur réalité humaine.

Ils étaient des fées au royaume de la magie, des êtres d’un autre monde, où la matière est imperceptible par nos sens désuets face à tant de virtuosité. Argentina Tango, est un spectacle offrant à voir une succession de tableaux, d’une rare fluidité déclinant un Tango sorti des quartiers de Buenos Aires, un tango vrai loin de celui des salons dont l’esprit a été perverti par la culture kleenex.

Argentina Tango, est un spectacle total où la chanson, la danse et la musique fusionnent pour donner corps à un spectacle qui tente de remonter aux origines de cette danse qui fonde la culture argentine. « Le tango, c’est l’histoire des immigrés italiens en Argentine » dira l’un des membres de la troupe au cours de la conférence de presse organisée après le spectacle dans les coulisses du théâtre.

Cette déclaration résumait en effet tout le spectacle qui a raconté dans l’un de ses tableaux, le départ de l’un des leurs, avec le cortège des douleurs inhérents à tous les départs, la tristesse des adieux, et la peine de l’exil. Mais les artistes sont allés très loin encore, pour célébrer à leur manière ceux dont l’apport a permis au Tango d’évoluer à travers le temps. Un clin d’œil épatant aux grands maître de l’Opéra, de la musique napolitaine et à tant d’autres dont Charlie Chaplin et son célèbre film les feux de la rampe dédié notamment à une danseuse en souffrance.

Très beau spectacle qui a offert au public une interprétation d’une rare beauté de la célèbre chanson « Don’t Cry for me Argentina » qui a fortement séduit l’assistance. Un spectacle qui se termine en beauté avec l’invitation du public à danser sur scène avec les danseurs et danseuses. Une première à carthage.