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Soirée de Michel Boujenah au musée de Carthage Le Goulettois s’en donne à cœur joie

Que de chemin parcouru depuis son premier spectacle « Albert » avec lequel il avait déjà fait tabac lors de son premier passage, la même année, dans son pays natal, la Tunisie. Le spectacle qui a fait connaître Michel Boujenah au grand public. Ce Tunisien de Paris qui raconte avec une éloquence, un art de la narration, de l’exagération, une capacité à faire passer l’émotion et un sens de l’improvisation qui avaient constitué les ingrédients caractéristiques de son succès.

Autre temps, autre époque, mais la même émotion et la même joie du retour aux sources. « A la fin, j’ai failli craquer à plusieurs reprises, je ne sais pas comment je me suis retenue. C’est une joie immense qui m’a envahi, je suis fier, oui très fier d’être à nouveau monté sur scène dans mon pays », a avoué l’enfant de la Goulette les yeux imbibés de larmes.

Entretemps, Michel Boujenah a gratifié le public de Carthage d’un spectacle qu’aucun autre public au monde ne verra jamais. Un show où il fait « un kif », comme il le dit, à injecter de larges passages dans sa langue natale : le dialecte tunisien. A l’instar de ce fantasme dont il rêve, devenir juré, comme Jenifer, dans l’émission de télé-crochet musical de TF1, The Voice, où Jary Ya Hamouda remplace l’air que le comédien fait chanter au public français. Les spectateurs se sont régalés à chanter en chœur avec l’artiste.
Toujours sur fond de nostalgie pour sa chère et adorée Tunisie, Michel Boujenah a usé et abusé des trois éléments qui lui manquent toujours ; le soleil, le poisson et les beignets, utilisant bien sûr le mot « Ftayer » lors de  cette représentation carthaginoise. Et, bien évidemment, Il s’est régalé dans l’art qu’il apprécie le plus sur scène : l’improvisation. Et à ce niveau, il a trouve un allié de choix, le vent qui soufflait fort hier soir sur la ville de Carthage.
Un vent qui s’improvise complice et qui « me ramène toujours ici », imagine l’acteur, devenant ainsi inopinément un chaînon de sa vie rêvée. Même Lotfi Abdelli et son producteur, présents au musée, ont eu leur part dans le scénario improvisé. « Lotfi m’a dit dans les coulisses, à propos de son producteur grassouillet, c’est moi qui me tue au travail et c’est lui qui se rempli la panse ».

Une communion avec le public
En effet, Michel Boujenah adore improviser avec le public qu’il interpelle régulièrement au cours du spectacle. Ici, une dame applaudit au mauvais moment, là il est ébloui par la chemise blanche d’une autre la comparant à une boule de discothèque, de l’autre côté, il s’amuse avec les photographes qu’il somme de déguerpir et d’arrêter de le bombarder de flashes. Bref, Il joue énormément avec les spectateurs et cela lui procure beaucoup de plaisir. Le public, conquis, rit énormément.

Michel Boujenah est fidèle à lui-même : à la fois drôle, tendre et nostalgique. C’est ce cocktail qui a fait son succès et qui le rend aujourd’hui encore très attachant. Mais c’est également les mêmes personnages de sa première œuvre, Albert, son propre personnage où il raconte sa vie, celle de tous les juifs tunisiens immigrés en France inconsolables par ce déchirement d’avoir quitté la mère patrie, « souffrant de leur déracinement et du sentiment d'« étrangeté » lors de leur arrivée en France ».

Dans un délire aux limites de la schizophrénie, il devient ainsi un héros des temps modernes puisqu'il réinvente son passé et qu'il imagine ce qu'il n'a jamais vécu et qu’il aurait aimé vivre. Un savant mélange entre réalité et fiction où l’impossible devient possible avec cette fraîcheur d’enfant éternel qui a toujours caractérisé Michel Boujenah. Un moment complice, riche de chaleur, de générosité, d’émotions et de rires, d’hilarité même.

CP