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"Hourya" à l’ouverture du Musée de Carthage : Une ode à l’amour et à la liberté

En rouge et noir ! Non, il ne s’agit pas du tube de Jeanne Mas, ni encore moins du  roman de Stendhal « Le Rouge et le Noir », mais du rouge bordeaux et du noir choisi comme habillage scénique du décor de la pièce théâtrale « Hourya »  pour sa première à la 53ème édition du  Festival International de Carthage dimanche 16 juillet dans le cadre majestueux du Musée de Carthage.


Hourya est un spectacle dans lequel les artistes font défiler  des scènes de vue quotidienne  d’une Tunisie post-révolution où les inégalités sont montées à la surface, et où les jeunes n’ont trouvé d’issue que dans un vaste élan d’une immigration clandestine. Des tableaux  décrivant  une déchéance économique et la menace croissante d’ un obscurantisme qui sème la mort partout dans le monde. Le tout sur fond d’une histoire d’amour impossible, un amour interdit.



Un spectacle qui entre en droite lignée de la lutte menée par Leïla Toubel, au lendemain de la révolution du 14 janvier 2011, avec la pièce « Solwen ». Un combat contre ceux qui veulent souiller l’image de la Tunisie, celle de l’amour et de la tolérance. Leurs dégâts sont palpables et ils sont encore aux aguets, mais Leïla Toubel fait toujours de la résistance avec ses propres armes, inoffensives mais efficaces, le théâtre et, cette fois, la musique.
 

Dans Hourya, Leila Toubel opérait avec un complice en l’occurrence le compositeur et pianiste franco-tunisien, Mehdi Trabelsi, pour offrir un spectacle d’un nouveau genre. Un show inédit, sur une scénographie de Sabri Atrous. Hourya vient en effet titiller nos sens habitués à une musique rythmant des paroles de chanson ou accompagnant un acteur s’exprimant sur scène, en leur faisant découvrir un concept d’un nouveau genre. Une relation charnelle entre la musique et la parole.

Les rythmes enchanteurs de Mehdi Trabelsi insufflent à Leïla Toubel cette incroyable énergie qu’elle décline en gestuelle et vocable du plus profond de son corps, de son âme. La pièce chemine, 90 minutes durant, dans une symbiose permanente et une harmonie parfaite entre les deux artistes. Une véritable ode à l’amour et à la liberté, l’amour de la liberté.

Un amour impossible ? La relation est tellement forte entre la mélodie raffinée du musicien et la prestation majestueuse de la comédienne que les tabous les plus tenaces sont levés, que les multiples entraves sont annihilées et que toutes les chaînes de l’obscurantisme sont brisées. Pour conclure le spectacle, l’actrice troquera d’ailleurs son accoutrement de noir et de gris par une belle robe blanche porteuse d’espoir et ressuscitant une Hourya lapidée à mort par les apôtres de l’extrémisme et de la terreur.