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Chronique : Le ProPat de Mohsen Marzouk

Quoi qu’en disent ses adversaires, Mohsen Marzouk semble tenir de main de maître sa barque partisane tant du côté de l’action de recrutement et de mobilisation que du côté, plus important, du référentiel intellectuel et politique sur lequel il fonde son projet. Il l’a montré encore une fois lors de son dernier entretien avec Sofiane Ben Farhat sur la première chaîne de la Télévision Tunisienne.

On l’a bien compris à l’écouter : Mohsen Marzouk entend se présenter comme un vrai leader politique de l’étape historique actuelle qu’il juge, à juste titre, comme nodale et déterminante. Cela ne l’empêcherait pas de favoriser, dans son parti, le degré requis pour l’exercice démocratique qui ne conduise pas à l’anarchie et au bafouillage des normes d’une structuration solide. Cela est d’autant plus légitime que c’est annoncé sans ambages ni dilution dans un discours mal à l’aise entre la chèvre et le chou. Mais cette ambition n’entend pas porter atteinte au bon fonctionnement de l’Etat ni manquer au respect dû à ceux qui le représentent, et d’abord les présidents des institutions supérieures du législatif et de l’exécutif nationaux. Autrement dit, le Chef du projet Machrou entend s’inscrire dans l’éthique préconisant que l’émulation politique n’est pas nécessairement conflictuelle jusqu’à l’irrespect. C’est, me semble-t-il, de bonne sagesse.

La gestion interne du parti, en matière de ressources humaines, a été indirectement évoquée pour situer les petites divergences dans leurs justes dimensions et souligner surtout l’importance des adhésions et de l’étendue d’influence du parti. Le partage de la responsabilité et de la communication aussi.

Cependant, ce qui retient davantage l’attention et mériterait qu’on s’y attarde, c’est la construction intellectuelle de son projet politique et la grande cohérence de ses principes de base et ses aspects divers. Si j’avais à donner un diminutif à ce projet, je dirais que c’est un Propat ! « Pro-» pour « progrès » et « Pat- » pour « Patrie ». Ce qu’il faudrait entendre ainsi : Le progrès de la Patrie grâce au progrès dans la patrie pour la patrie.

Son élan chauffé, Marzouk insiste on ne peut plus sur la notion de « Nation tunisienne », dans l’orientation, semble-t-il, de l’usage qui en avait été fait à l’aube de l’indépendance pour souligner la démarcation avec le nationalisme arabe, surtout l’école nassérienne. Pourtant la distinction s’est faite plus tard par la substitution de la patrie tunisienne à la nation tunisienne, et l’on a vu émerger le concept de « tunisianité » qui a traversé le champ littéraire aussi.

Ce détail reste quand même de moindre urgence, surtout que sur l’essentiel, Mohsen Marzouk a enraciné son projet politique dans ses profondeurs historiques tout en l’ouvrant sur l’avenir grâce à la logique du progrès comme principal véhicule de la démocratie, de l’ouverture et du développement. Tout le reste en découlerait. Dès lors, la notion de constitutionalité de l’Etat depuis plus de deux millénaires, confirmée au milieu du XIX° et du XX° siècle, s’articule à la pensée réformiste tunisienne et aux mesures d’avant-garde qui en découlèrent, pour relever le défi de pérennisation d’un modèle civilisationnel tunisien à même d’initier des configurations sociétales partout dans le monde. On comprend ainsi le retour à Bourguiba en tant que leader ayant réussi à concrétiser la synthèse de l’Histoire d’une « nation », son patrimoine intellectuel et culturel et son ambition d’édifier un avenir souple et mobile, s’adaptant aux conjonctures et aux impératifs du progrès, sans renoncer à sa spécificité.

Beaucoup de travail reste à faire sans doute pour un tel projet politique. Son avantage réside dans sa perméabilité à plusieurs sensibilités apparemment différentes mais convergeant vers les mêmes repères, à une démarcation nette avec l’islamisme politique considéré comme un anachronisme contraire à l’Etat civil et, paradoxalement peut-être ou en bonne logique, à un probable nouveau croisement avec l’esprit fondateur de Nidaa Tounès, plutôt celui représenté par Youssef Chahed, voire même avec une certaine « destourianité » aussi, pour un vrai contrepoids faisant face aux pensées et aux politiques radicales.

Mansour M’henni


 
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