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Chronique : Nos plages entre le citoyen polluant et le citoyen artiste

Mon ami Zoubeir Chaïeb que je tiens pour un artiste à sa façon et un citoyen responsable, en-deçà et au-delà de ses affaires, a publié sur sa page facebook une belle réalisation artistique d’un estivant de Hammem El Aghzez, la ville d’amour et d’origine de mon ami. Il s’agit d’une sculpture de femme faite du sable de l’une des plus belles plages du monde (notre image d’illustration due à Z. Chaïeb), comme une invitation à cultiver le sens de la beauté plutôt que le sens de la souillure, de toute sorte, dans un si beau paysage naturel (Les festivals de sculpture sur/de sable sont de plus en plus manifestes cette dernière décennie).

Il est triste de constater que les estivants ont tendance à faire de leur environnement la poubelle de tous leurs déchets et la réserve de toutes leurs saletés. Pourtant, souvent, les services publics fournissent, sur certaines plages, différents récipients destinés aux ordures, parfois même en spécifiant la nature du déchet à mettre dans chaque récipient. Mais les citoyens ne trouvent pas mieux que la plage, et parfois même la mer, pour y jeter qui des écorces ou des tranches de melon et de pastèque, qui les restes d’un repas et autres résidus de produits industriels consommables, qui encore des boîtes vides de bière et diverses boissons de circonstance. Mieux vaut ne pas détailler davantage, sinon on se retrouverait dans le dépotoir du langage.

Il y a donc bien lieu de repenser notre relation à l’environnement de façon plus profonde et plus essentielle, par une approche qui croiserait l’éthique et la philosophie, plus que la morale sociale et la contrainte juridique dont on fait cas de moins en moins ces dernières années. En effet, la vraie question serait : comment faire de notre environnement un partenaire privilégié dans une conversation ininterrompue en vue d’une meilleure intelligence de notre interaction avec les êtres, les objets et les choses qui nous entourent ?

C’est là que la sculpture sur la plage nous suggère un moyen de grand bonheur pour initier une telle démarche auto-éducative. Je verrais volontiers un intense déploiement, sur les plages, du concept des « places des arts » récemment mis en action par le ministère des Affaires Culturelles dans la perspective de cette sculpture qui semble souligner l’éphémère et qui, ce faisant, enracine la beauté dans une autre durée plus certaine, celle-là qui s’inscrit dans les consciences et les sensibilités. Je me souviens avoir lancé avec des amis, en 2007, à Kélibia, non loin de Hammem El Aghzez, dans le cadre des actions de l’ACAM (Association pour la Culture et les Arts Méditerranéens), une activité culturelle et artistique baptisée «De l’éphémère à l’effet mer ! », ainsi définie dans son esprit : « C’est une activité en tous points originale et d’abord par son titre « L'éphémère pour un effet mer » qui, à lui seul, est tout un programme. En effet, la fonction de l’art n’est-elle pas justement de chercher l’effet durable de l’éphémère, de saisir l’instant fugace en vue de l’inscrire comme un roc dans la mémoire du temps ?

Par ailleurs, la dimension pédagogique et de sensibilisation à l’environnement marin est évidente dans cette manifestation. C’est qu’il s’y agit de donner sens au non-sens apparent des choses et de donner une valeur, esthétique et éthique, à ce qui paraît ne pas en avoir. Car récupérer ce que la mer rejette et le réutiliser dans la création artistique, c’est vraiment un cheminement didactique de grande originalité dans la consécration de la culture environnementale. »

Il nous paraît important de ressusciter cet esprit, non seulement dans l’action associative mais dans la convergence de plusieurs actions et de plusieurs structures, pour repenser autrement notre société de demain, loin de toute démagogie et de toute manipulation. Le ministère des Affaires culturelles aurait un rôle privilégié dans cette démarche, mais il n’y serait pas le seul en vue. Et tous, nous contribuerions à édifier ce que Z. Chaïeb a appelé « le Citoyen artiste », contre le citoyen polluant ou le simple estivant inconscient.

Mansour M’henni