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Hyménoplastie, ces Tunisiennes qui ont décidé de se refaire une virginité avant le mariage

En cette saison des mariages, et comme dans chaque société arabo-musulmane, la question de la virginité refait surface et préoccupe les futures mariées.

On a rencontré L. 32 ans, mariée avec deux enfants. Elle nous raconte les raisons pour lesquelles elle a fait une réfection de l’hymen en 2013 : « Mon premier rapport sexuel était consenti. J’étais amoureuse de mon petit ami, on est restés ensemble pendant 4 ans. Mais après notre rupture, j’ai décidé de « me caser » et je suis sortie avec l’ami du fiancé de ma sœur. Il n’était pas ouvert d’esprit, et même s’il me demandait de faire l’amour avec lui, je refusais en prétendant que je voulais rester vierge. Je suis donc partie voir un gynécologue deux semaines avant mon mariage. J’étais obligée de vendre quelques bijoux pour payer l’opération, c’était à 300 dinars à l’époque. »

L. n’est malheureusement pas la seule Tunisienne qui a pris cette décision.

Dans son livre paru en 2012, Vierges ? La nouvelle sexualité des Tunisiennes la psychanalyste Nedra Ben Smail a mené une enquête qui montre que plus des trois quarts des mariées en Tunisie ont une « virginité médicalement assistée ». Dans une interview donnée l’AFP, la psychanalyste atteste que l’hyménoplastie est une solution qui « allège l’angoisse sociale ».

Pourquoi devrait-on angoisser ? Pourquoi parle-t-on de « perte », de fille « intacte » et de « déshonneur », à cause d’une fine membrane, que certaines filles n’ont même pas à la naissance ?

Il ne faut pas oublier que la virginité est un gage d’honneur, imposé par notre société phallocratique : Les jeunes hommes ont le droit d’avoir des relations sexuelles avant le mariage, c’est même une fierté : « weldi rajel » (mon fils est ‘viril’). D’ailleurs, notre dialecte traduit très bien cette « injustice sexuelle » entre les hommes et les femmes : Quand un Tunisien se marie on dit « ilem sa9ih », une manière de dire qu’il va mettre fin à son dévergondage en ne se consacrant qu’à sa future épouse !

C’est donc une pression sociale plus que religieuse, car il parait qu’il n’y a rien dans le Coran ou les Hadiths qui exige que la femme soit vierge avant le mariage. C’est en tous cas ce que nous affirme le philosophe Youssef Seddik dans une enquête menée par Envoyé Spécial : « le texte fondateur ne parle pas de virginité il n’y en pas du tout de trace. »

F. a 53 ans, elle s’est confiée à nous pour nous parler du drame de la cérémonie du drap : « Je suis originaire de Zarsis, on m’a choisi un mari que je ne connaissais pas et je ne devais pas refuser. J’avais 16 ans et je ne connaissais rien de la sexualité. La nuit de noces était un vrai cauchemar. Mon époux a paniqué et avait du mal à me pénétrer. Dehors tout le monde était aux aguets et attendait la fameuse « souria » (chemise) tachée de sang. Après une demi-heure de torture, les draps étaient baignés de sang. Mon mari est rapidement sorti affichant un grand sourire, alors que moi, je suis restée cloutée, morte de peur et choquée de ce qui vient de m’arriver. »

Intéressons-nous aux hommes maintenant : Si certains sont catégoriques et refusent d’épouser une fille qui a déjà perdu sa virginité, une fille « matoslo7ch » qu’on assimile à un yaourt périmé, d’autres hommes sont plus « souples » et préfèrent des filles expérimentées, qui connaissent leurs corps et leurs désirs.

Au 21 siècle, ce sujet demeure tabou malgré le masque de la modernité que portent les Tunisiens. Il est si tabou, qu’il a été censuré au cinéma : Le réalisateur tunisien Jamel Mokni, s’est en effet intéressé au sujet en tournant un documentaire, sous le règne de Ben Ali. « Hymen National, Malaise dans l’Islam », a été refusé aux Journées Cinématographiques de Carthage, et son réalisateur a été arrêté deux fois pendant le tournage !

L’hyménoplastie est une décision très importante  que les femmes sont contraintes de prendre malgré elles. Une décision justifiée dans la majorité des cas par la peur du qu’en-dira-t-on.

Ainsi, les femmes avec une nouvelle virginité sont libérées du fardeau de la honte mais elles se retrouvent avec un secret, beaucoup trop lourd à porter.

SBT

 

 

 

 

 

 

 
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