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Universités : La marche d’un secteur sur un fond de « grévisme » à repenser

Nessma Life a invité, vendredi 17 février 2017, le ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Slim Khalbous, le lendemain même de l’invitation d’un représentant du syndicat IJABA (L'Union des Enseignants Universitaires et Chercheurs Tunisiens) qui a appelé à une grève des enseignants universitaires, le 23 du mois courant. Ce fut une occasion pour confronter les arguments de chacune des deux parties concernées, le ministère et le syndicat.

J’avoue d’emblée que les réponses de Slim Khalbous à toutes les questions posées ont été très convaincantes, le ministre n’hésitant pas, au nom de la sincérité et de la transparence, à souligner la distinction nécessaire entre ce qui est possible dans le délai proche et ce qui ne pourrait se réaliser qu’à moyen ou à long terme. Nous avions écrit, ici même, en guise de « chuchotement à l’oreille du ministre », une chronique suggérant certaines idées pour l’entreprise de révision du secteur, et nous sommes confortés de constater que ces suggestions, et bien d’autres encore, font l’objet des réflexions qui président à la réforme du secteur. Ainsi, le premier semestre de 2017 aura clos le dossier de la conception de cette réforme sur la base d’une évaluation profonde et d’une concertation largement démocratique. Tout y est, nous dit le ministre, et tout est articulé à la condition et à l’impératif réalistes.

Tout cela pourrait rassurer, au moins provisoirement, en attendant les mises en application et le suivi parallèle d’évaluation, et de rectification si le besoin se fait sentir. Ne l’oublions pas, le secteur de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, comme celui de l’Education, est un nerf moteur de la société et un actant déterminant de sa nature. C’est dire la gravité (dans les deux sens du mot) de toute responsabilité impliquée dans son bon fonctionnement, depuis la responsabilité gouvernementale jusqu’à la responsabilité citoyenne. Or, ce qui est à craindre, c’est que la tension actuelle entre le ministère et IJABA soit sans vrai rapport direct avec le fond des problèmes du secteur et qu’elle soit dictée par des tiraillements politiques où se seraient fourrés des sensibilités partisanes et des considérations de rapports des forces dans le pluralisme syndical. On n’en voudrait pour preuve que l’appel d’IJABA à une grève, quelques jours seulement après la nomination du ministre actuel.

Ne nous attardons pas sur l’interprétation, qu’il conviendrait de ne pas négliger, selon laquelle IJABA serait un syndicat d’obédience pro-islamiste, par conviction ou par simple coalition, avec pour objectif de contrer ce qui est considéré comme un hégémonisme de l’UGTT, sous influence gauchiste.

N’empêche que, au-delà de l’implication ou non des deux sensibilités politiques évoquées, il y a bien un vrai problème de représentativité et de légalité en contexte pluri-syndical. On reprocherait alors au ministère du secteur de ne pas procéder aux négociations sociales avec IJABA, comme il le fait avec l’UGTT. Or, comme expliqué, l’argument n’est pas sectoriel mais national, puisque les négociations sont légalement commandées par la plus grande représentativité, faisant ainsi de l’UGTT le seul partenaire direct des négociations, au moins dans l’Etat actuel des choses. Mais cela n’a pas empêché le ministre, semble-t-il, d’inviter le syndicat IJABA aux concertations pour la réforme de l’Enseignement Supérieur et la Recherche. Toutefois, le syndicat aurait refusé l’invitation. Quant à la représentativité dans les négociations, c’est une question qui se revendiquerait autrement et avec le vis-à-vis décisionnel à cet objet.

En définitive, il serait sûrement plus constructif, pour le secteur et pour le pays, pour les concernés également, que tout le monde se conforme à l’esprit conversationnel et à la logique constructive, loin des influences et des tiraillements politicards car, au vu des dégâts constatés, ce serait très grave de perdre encore un temps par trop précieux à tergiverser sans avancer.

Mansour M’henni