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Enquête sur la nuit de noces en Tunisie : Quand le conte de fées se transforme en cauchemar

C’est la fin de l’été, la saison des mariages par excellence en Tunisie. La plupart des mariés sont passés par la fameuse épreuve de la nuit de noces.

Dès le lendemain matin, la jeune femme, qui était « sbeya » la veille, est harcelée par ses proches : « alors ça s’est bien passé ? Il a assuré ? T’as eu mal ? T’as saigné ? T’as pris ton pied ?  ». Mais si pour les familles « modernes » on se contente des questions, dans certaines régions de la Tunisie, on n’a toujours pas renoncé au rituel de la « souria » (le tissu taché de sang qui prouve la virginité de la mariée).

Alors que le rapport sexuel est censé être un moment intime, et l’union de deux êtres qui s’aiment, il devient, en Tunisie, un challenge, un défi à relever « ce soir ou jamais ».

Pour une fois, l’homme et la femme sont égaux : ils ont la pression tous les deux en même temps ! Si l’homme se doit d’assurer et de tenir sa promesse de « weldi rajel », la femme, a l’obligation de prouver son honneur avec un bout de membrane qu’elle n’a pas forcément (certaines femmes naissent sans hymen).

Le sang. Pourquoi une si belle expérience doit se passer dans un bain de sang ? Oui un bain de sang, car on nous a appris, que le drap doit être « noyé », sinon ce n’est pas crédible!

Dans un excellent documentaire qui parle du vaginisme, (tasfih) la réalisatrice, Leila Chaïbi  a recueilli le témoignage frappant d’une Tunisienne pour qui la nuit de noces était un traumatisme et non une partie de plaisir : « j’avais 15 ans, je n’ai jamais vu de sexe masculin dans ma vie, mon mari (que je ne connaissais pas) a paniqué, il n’a pas pu me pénétrer. Tout le monde attendait la « souria » dehors, c’est à ce moment-là que je vois ma tante me jeter par la fenêtre, la tête du mouton égorgé (pour le festin du mariage), en me demandant de « badigeonner » le drap avec… C’était un vrai choc pour moi, je dormais tous les soirs à coté de mon mari en me ligotant les jambes pour qu’il ne me touche plus, je ne sais toujours pas comment j’ai eu mes enfants…».

Combien de femmes ont été traumatisées ? Combien de femmes, ayant un hymen souple, et ne saignant que très peu, étaient obligées d’être pénétrées durant toute la nuit, pour satisfaire un mari, ignorant et assoiffé de sang ? Combien de Tunisien, stressé par une famille aux aguets, et une expérience sexuelle, inexistante, s’est trouvé impuissant et donc taxé « d’handicapé » pour le restant de sa vie?

Combien de jeunes épouses ont passé la nuit aux urgences à cause d’un mari, nourri par les images pornographiques, voulant à tout prix, appliquer ce qu’il a vu ? Combien de maris qui ont  fini par croire qu’ils étaient impuissants, juste parce qu’ils n’ont pas eu le temps de découvrir leur corps et celui de leur femme ?

Ne soyons pas pessimistes, mais les belles premières fois sont rares. Et ce n’est que le résultat d’une éducation qui nie le corps et qui le réduit à une performance, ou à quelques gouttes de sang.

Si l’hyménoplastie est de plus en plus récurrente, c’est parce que les filles préfèrent avoir une vie sexuelle active avant de « se réserver» à un seul époux, et veulent avoir du plaisir et non qu'enfanter!

Il nous reste un long chemin à faire avant de comprendre que notre corps est une propriété privée et non une bête de scène qui doit se donner en spectacle devant tout le monde !

SBT