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Pitié, ne videz pas l’économie tunisienne du peu de substance qui lui reste en dévaluant le Dinar

Lors de la crise économique de 1986, s’est posée la question s’il faudrait dévaluer le dinar en tant que l’un des instruments à mettre en place pour sortir la Tunisie de la crise.

 J’ai dirigé, à l’Institut d’Economie Quantitative,  une étude sur l’utilité de dévaluer le Dinar.

L’étude de la santé du dinar se faisait en comparant l’évolution du Dinar par rapport aux monnaies des pays partenaires, à savoir le Franc Français, le Deutschemark, le  Dollar US, etc…

Cette comparaison faisait ressortir que le Dinar était déprécié par rapport à ces monnaies.

Or la question qu’il fallait poser n’était pas l’évolution du taux de change du dinar par rapport à ces monnaies des pays partenaires, mais plutôt qu’en est-il de la compétitivité des produits tunisiens par rapport aux produits concurrents sur les marchés des pays partenaires. A titre d’exemple comment se comporte la chemise tunisienne par rapport à la chemise marocaine sur le marché français ou le marché allemand.

Notre centre d’intérêt est plutôt ça que de comparer la chemise tunisienne à la chemise française sur le marché français.

Les pays qui étaient concurrents à la Tunisie en ce moment étaient le Maroc, la Turquie, la Grèce, le Portugal et la Corée du Sud !!!

L’étude par rapport à ces pays concurrents sur les marchés des pays partenaires   faisait ressortir que le dinar était apprécié de 15%.

La conclusion était qu’il fallait dévaluer le dinar de 15% pour permettre à l’économie tunisienne de retrouver sa compétitivité. Chose qui fut faite.

Pour faire éviter à l’économie  tunisienne des risques d’appréciation du dinar, une formule de calcul du taux de change quotidien du dinar a été développée  et  a  été adoptée par la BCT pour la détermination quotidienne du taux de change du dinar tenant compte des pays partenaires et des pays concurrents. D’ailleurs, c’est une approche qui a été adoptée par la Banque Mondiale pour d’autres pays dont le taux de change n’est pas déterminé par un marché de change.

Toutefois, il est important de préciser que cette mesure n’était pas l’unique mesure entreprise pour relancer l’économie, elle faisait plutôt partie d’une liasse de mesures  touchant à la productivité, à la paix sociale (maîtrise des salaires) à la relance de l’investissement, à l’accompagnement  des exportations et d’une manière générale à ce qu’on a appelé le PAS (Programme d’Ajustement Structurel) avec toutes ses composantes.

Le résultat escompté était économiquement atteint.

Cela dit, est-ce qu’on est  en droit de parler maintenant d’une sortie de crise de l’économie tunisienne par une mesure de dévaluation du dinar.

En regardant les tableaux qui suivent,  on remarque que par rapport au 31-12-2010, le Dinar n’a pas cessé de se  déprécier.  Il a perdu 33% de sa valeur par rapport au $US   et 21% aussi bien par rapport à l’Euro  qu’au Dirham Marocain.

 

Par ailleurs, en regardant l’évolution des exportations, on remarque selon les statistiques de l’INS, disponibles jusqu’à 2014, que :

  • Au niveau de l’agriculture et des industries agro-alimentaires, en moyenne 80% des exportations de ce secteur dépendent  de deux produits qui sont les céréales et l’huile d’olive. Or ces produits dépendent plutôt des conditions climatiques que du taux de change du dinar.

 

  • Les exportations du secteur  des Energies et lubrifiants sont pour l’essentiel libellés en $US et ne dépendent en aucune façon du taux de change du dinar,

  • Au niveau des Mines, phosphates et dérivés, presque 80% des  exportations de ce secteur dépendent de 3 produits qui sont l’acide phosphorique, le D.A.P et le superphosphate triple. Or, l’évolution des exportations de ces produits ne dépend pas du taux de change du dinar. 

  • Le secteur des Textiles, Habillements et Cuirs connaît une évolution positive à prix courants et une baisse de 8% en devises.  Le  climat social qui règne dans le pays qui a entrainé entre autres le départ de plusieurs usines de sous-traitance et  la concurrence internationale ardue justifieraient ce mouvement à la baisse  en devises.

Faut-il pour autant dévaluer le dinar pour enregistrer une croissance plus forte du secteur ou identifier les vrais problèmes du secteur en vue d’y apporter des solutions appropriées

 

 

  • Concernant les industries mécaniques, électriques et manufacturières, elles ont augmenté à prix courants entre 2014 et 2010 de 38%. En devises, elles ont augmenté de 21% pour la même période, ce qui enregistre une performance et ce, malgré le climat social et le départ de plusieurs usine de sous-traitance.

 

Il s’avère à travers l’analyse des exportations tunisiennes que le taux de change du Dinar ne constitue pas une entrave à leur évolution. La dévaluation du dinar  risque d’entrainer un effet plutôt inflationniste, ce qui pourrait engendrer des surprofits qui risqueraient d’avoir un effet négatif sur les exportations en volume.

 

Pour ce qui est des importations,  les augmentations constatées en 2014 par rapport à 2010 sont de 10225,9 MD.

Elles ont été enregistrées   à concurrence  de 4736 MD, soit 46,3% au niveau des céréales et du pétrole brut contre lesquels la dévaluation du Dinar ne peut pas jouer un effet contractif  de ce type d’importations.

L’autre moitié, elle a été  enregistrée au niveau  des industries mécaniques et électriques, du matériel de transport et des autres industries mécaniques, soit un total de 4582 MD.

Ce type de biens peut servir pour l’investissement d’une part  et en tant que pièces détachées pour les industries de montage.  La dévaluation du Dinar risque de ne pas être dissuasive pour limiter ces importations.

 

Un autre secteur qui risquerait d’être touché par la dévaluation est le Tourisme. Toutefois, le non afflux de touristes n’est pas dû à la cherté des nuitées, mais plutôt comme nous le savons tous, à des considérations de sécurité.

Pour conclure, ne nous hasardons pas en utilisant la dévaluation du Dinar en tant que subterfuge pour résoudre la crise de l’économie tunisienne.

Cette crise provient de facteurs qui n’ont rien à voir avec la dévaluation, on peut citer, sans que je n’invente rien :

  • La sécurité en Tunisie,
  • Le chômage qui est utilisé en tant que préjudice pour arrêter tout un pan de l’activité économique,
  • Les conflits sociaux, en délaissant la notion de productivité en tant qu’élément majeur de la détermination des niveaux de salaires et de leurs augmentations,
  • Le gonflement paralysant des salariés de la fonction et des entreprises publiques,
  • Le balbutiement au niveau des politiques économiques et sociales du gouvernement,
  • Le défaut d’un programme stratégique pour la Tunisie sociale et économique.
  • Etc…

Une mauvaise dévaluation risquerait d’avoir un impact uniquement inflationniste, ce qui entrainerait des enchères sociales avec tous les risques d’instabilité qu’un tel mouvement entrainerait. Ceux qui en profiteraient, ce sont les étrangers qui pourraient  bénéficier du transfert d’une partie de la substance de l’économie tunisienne  sans aucune contrepartie.

Pouvons-nous faire éviter aux tunisiens et à leur économie une telle hémorragie !!!

 

 

Abdelaziz Ben Bahri, Chercheur Economiste

            Ancien Directeur Général de l’IEQ

Ancien DG du Financement, M. Finances

Ancien Superviseur de la BCT


 
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