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Tunisie, politique : Le baromètre de l’UGTT et les tribulations des acteurs politiques

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Publié le 18/10/2012

 

D’aucuns soulignent, non sans raison, que la mobilisation de l’UGTT dans certaines conjonctures nationales est souvent tellement déterminante qu’elle fait le tri des acteurs politiques nationaux et permet de la classer chacun dans ses vraies motivations et ses tendances, moins explicites dans d’autres circonstances. Cette fois encore, le débat national organisé par la centrale syndicale a permis de séparer le bon grain de l’ivraie et de montrer, sous leur vrai visage, d’un côté les formations politiques capables de s’engager dans un vrai débat national avec, pour seul objectif, l’unité et l’intérêt de la Tunisie, toute la Tunisie, avec des règles démocratiques en bonne logique des droits de l’homme et du respect de la liberté ; et de l’autre côté, ceux que la logique du pouvoir, aussi absolu que possible, et celle de la revanche vengeresse animent aussi bien dans leur pensée propre et dans leur façon de voir la gestion des Affaires de l’Etat et des intérêts citoyens.

Nous l’avions dit depuis un certain temps, il y a dans Ennahdha un petit noyau de rationalistes assez adaptés à la logique de l’Etat et capables de s’intégrer dans une gestion civile de la politique. Nous placions Hamadi Jébali au premier rang de ce noyau dans lequel il serait appuyé d’Ali Larayedh et moins nettement de Samir Dilou. Nous pensons encore aujourd’hui que la décision du président du gouvernement de participer au débat national engagé à l’initiative de l’UGTT est une confirmation possible de cette interprétation, partagée, il est vrai, par d’autres observateurs. Pour les autres, malheureusement majoritaires et forts du charisme par trop maladroit de leur chef spirituel, le débat est un subterfuge ; ils ne peuvent s’y engager que quand ils sont sûrs de pouvoir prendre le dessus et imposer leurs vues sur les autres.

Dans la droite ligne de cette option politique, il y a le CPR qui gagne chaque jour encore plus en rigidité grâce à son nouveau secrétaire général désormais perçu comme un vrai dictateur en puissance, à tel point que certains voient en lui le représentant d’une mouvance plus dangereuse que celle d’Ennahdha. Ce n’est donc pas étonnant que ce soient ces deux partis qui refusent le débat initié par l’UGTT et que, pire encore, ils essaient de le court-circuiter par des décisions ou des propositions précipitées que la Tunisie attendait d’eux depuis près d’un an.

Curieux que cette position coïncide avec celle de Wafa et celle du parti Ettahrir, tous deux se caractérisant par une plus grande rigidité, souvent présentée, sans trop de conviction d’ailleurs, en termes de rationalité et d’argumentation tirée par les cheveux.

Est-ce à dire que ces quatre partis se préparent pour un quadriumvirat à la mode mussolinienne ? Osons espérer le contraire ! Cependant, posons-nous la question du rôle joué par nos trois présidents de la troïka actuelle.

Curieusement, le débat de l’UGTT a redonné une nouvelle lumière à Mustapha Ben Jaâfar qui, soudain et contre toute présomption de ces détracteurs, a manifesté une sorte de réalignement sur les principes fondateurs de son parti, des principes mis entre parenthèses pour sa coalition trotskiste (ce qui a provoqué un vrai démantèlement de la structure). Est-ce un retour à la raison de cet intellectuel de gauche, assez moderniste pour avoir une crédibilité certaine, déjà sous le régime de Ben Ali ? Ce serait heureux, car là est son milieu naturel et son champ d’action le plus logique.

Et comme ses associés du pouvoir, au pouvoir, ne veulent pas le laisser tirer seul profit d’une rencontre aussi importante que celle de l’UGTT, les deux autres présidents se sont pressés de s’inscrire sur la liste des participants. Si, pour H. Jébali, cela se comprend compte tenu du nouveau profil que prend le personnage, le cas de Moncef Marzouki paraît plus curieux, car non seulement en contresens de son parti, mais presque contre son parti ; sauf si comme on l’a souligné précédemment, il est en train de manigancer sa propre stratégie pour la prochaine échéance électorale.

En tout cas, devant ce paysage complexe, il y a certes pour certains de quoi s’inquiéter quant à l’avenir. Nous pensons plutôt qu’il y a surtout une bonne occasion de retrouver espoir, en sachant surtout qu’au-delà de toutes les triturations politiques, une force sociale, avec ses avantages et ses inconvénients, peut jouer le rôle d’un vrai baromètre et, au besoin, orienter la vapeur dans le sens de la lumière et dans l’option qui sert le mieux la plus large couche de la population.

Mansour M'henni
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