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Congrès Ennahdha : Un jeu d’ombres et de lumières

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Publié le 14/07/2012

 

S’il est admis par tous que le congrès d’Ennahdha, qui se déroule ce long week-end au Kram, est l’un des événements de grande importance dans la Tunisie d’après le 14 janvier 2011 ; il n’en est moins admis que ce congrès se meut dans un vrai jeu d’ombres et de lumières, un jeu qui n’est pas sans signification pour la redistribution des cartes politiques et des alliances conséquentes, voire même pour le diagnostic qu’on pourrait avancer concernant l’avenir (au moins l’avenir proche) de notre pays.

Le premier signe à relever c’est le spectacle de la grandeur, à l’image même du grand ennemi, qui serait cet « hypocrite farceur, mon semblable, mon frère ! », lui dirait-on sous cape et bientôt en grandes pompes. En effet, tout dans l’organisation du 9° congrès d’Ennahdha évoque les congrès du RCD. D’abord le lieu choisi, sans doute dans le sens d’un « ôte-toi que je m’y mette », en fait largement constaté après le 14 janvier dans plusieurs structures de l’Etat par la magie pernicieuse d’un « Dégage ! », trop amplifié pour les bienfaits qu’on pourrait en attendre mais « trop » (sic !) parfait pour l’air de la circonstance.

Puis il y a tout le reste, tout le tapage et l’éclat qui sont dans l’ordre des choses pour un parti qui prend finalement conscience de sa grandeur, après une épreuve dont il est sorti lauréat de sa promotion. Tant pis pour les médiocres ; tant pis pour les moins brillants qui, semble-t-il, auraient profité d’un heureux coup de main du voisin, justement celui-là qui est le lauréat de l’examen.

Le second signe à noter, c’est que le Mouvement a fait son choix quant à ses partenaires, les seuls partenaires de l’instant. C’est peut-être une manière de dire que le temps n’est pas à l’émulation démocratique respectueuse et sportive entre les concurrents et que trop (encore une fois un « trop », peut-être de trop !) de tensions couvent dans les rapports politiques pour permettre une gestion de la course dans la transparence et l’honnêteté des chances.

Mais dans les deux partenaires aussi, il y a de la suspicion. En effet, si l’un, comme prévu, s’est jeté la tête la première, au risque de se la cogner contre le dur mur des règles institutionnelles, sans doute pressé de damer le pion à son rival immédiat dans la promesse d’un second mariage en vue ; le second, ce rival justement, prend les choses avec plusieurs pincettes en marquant l’absence de toutes ses présidences (passées et présentes) et en déléguant un représentant dont le président compte bien faire, à temps, son héritier légitime si, d’ici là, il peut encore décider de quelque chose dans son parti d’origine. Autrement, les deux partenaires retourneraient sans doute au bon vieux temps des années proches où tout était autrement « ordre et beauté, luxe, calme et volupté ».

Mais cela, on s’y attendait un peu depuis qu’un gel caractérisé préside aux rapports des deux époux légitimes, en attendant le second mariage.

Le troisième signe – assez d’ironie et de plaisanterie, maintenant, car il s’agit du sort du pays ! – est d’une importance fondamentale et porte sur l’avenir du parti et du pays ; car, dans la logique du premier signe relevé, un grand parti prévoit l’avenir et s’arme pour l’avenir. C’est chose faite :

La notion d’unité nationale est forcément le passage obligé, Bourguiba en a installé les fondements, Ben Ali l’a repris sous le nom de « l’intérêt national » concrétisé en grandes foules politiques de tous bords par la signature quasi-unanime du Pacte national un certain 7 novembre 1988, pour le premier anniversaire du Changement. Vous vous souvenez, Messieurs du Pouvoir d’aujourd’hui ?

« L’unité nationale d’abord, le développement ensuite », ainsi parla le Grand Mentor et le monde suivra. Je me demande si la citation n’est pas empruntée au Combattant suprême, Dieu ait son âme, malgré le Cheikh !

C’est aussi ce qui sera souligné par le Président du gouvernement (en fait le seul et vrai président, comme je l’ai toujours souligné, depuis le résultat des élections), avec la précision primordiale que cela ne se ferait que par et grâce à Ennahdha et que, pour cela, le mouvement devra asseoir solidement et durablement sa force inaltérable qui ne doit plus dépendre d’un autre appui pour refaire la Tunisie à sa manière, dût-elle pour cela, de temps en temps, jeter un petit morceau de pouvoir à ceux qui attendent à sa porte. Souvenez-vous de ce qu’on appelait « l’opposition en carton » de Ben Ali ; le modèle n’est pas à oublier pour le bon fonctionnement d’une telle stratégie, surtout que les candidats à l’opposition en carton sont déjà en rang devant les ordres d’Ennahdha.

«Ennahdha doit promouvoir sa capacité en tant que force de changement et d’arbitrage dans le paysage politique tunisien, renforcer sa présence en tant que force centriste, pionnière, à même de constituer un groupement historique pouvant assumer les charges du pouvoir et de l’Édification de la Tunisie nouvelle », ainsi dit M. Jébali en parfaite cohésion avec l’esprit des propos de son président.

Relevez bien le mot centriste : il est peut-être là pour crever les pneus de tous ces partis qui s’affairent follement sans réussir à faire l’affaire qu’il faut pour un vrai équilibre politique dans cette Tunisie que l’on voudrait nouvelle ; mais il est surtout là pour parer le coup d’un certain Béji Caïd Essebsi qui commence à déranger le confort des maîtres de céans, mais dont on compte bien venir à bout, le temps aidant et une certaine lassitude de la plus large frange de la population tunisienne. L’Histoire le montre bien.

Voilà la logique qui m’a semblé présider à l’esprit et aux faits du 9° congrès d’Ennahdha. Il faut dire que si Ennahdha réussit à devenir un parti civil et centriste, assez démocratique pour garantir les conditions du développement et de la stabilité sociale, assez diplomate pour ne pas faire de nous une marionnette de la scène internationale, assez ouvert pour nous enraciner dans notre culture arabo-musulmane sans confisquer nos libertés individuelles, c’est alors tant mieux et on pourra dire que nous serons sortis du cul-de-sac.

Reste à savoir comment la suite se déroulera et comment le peuple tunisien y réagira… avec ou sans les composantes de sa société civile, partis compris.

Mansour M'henni
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