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Slim Amamou, le nouveau secrétaire au sein du gouvernement transitoire Après la prison, la consécration

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Publié le 26/02/2011

Ce ne fut pas facile de décrocher un rendez-vous avec le nouveau secrétaire d’Etat à la jeunesse et aux sports, membre du gouvernement transitoire tunisien créé le 17 Janvier, et pour cause, monsieur Slim Amamou n’a plus une minute à lui et enchaîne les entretiens et les rendez-vous avec les médias nationaux et internationaux .

Slim Amamou est un simple internaute qui a refusé de se taire, qui a exprimé haut et fort ses convictions à travers son outil de prédilection, Internet. Son courage et sa détermination l’ont mené du rang de prisonnier d’opinion à celui de membre du gouvernement, garant de l’application de la volonté du peuple.

Bloggeur, twitteur, rédacteur dans diverses revues mondiales dont le fameux blog ReadWriteWeb, il fut arrêté deux fois avant qu’il ne devienne le plus jeune secrétaire d’Etat tunisien, après la révolution du 14 Janvier, à seulement 33 ans.

Sa cause est l’internet neutre et libre pour tous, son rôle est de faire parvenir la voix des jeunes et pourquoi pas initier les politiciens tunisiens au web 2.0. Grâce à lui, trois membres du gouvernement ont ouvert leurs comptes Twitter.

Quant à lui, il continue à tweeter ce qui se passe au sein du gouvernement, en utilisant le même téléphone qui lui a servi à tweeter sa poursuite par les policiers et à indiquer son emplacement suite à son arrestation…

Découvrez à travers cet interview comment il a vécu cette transition.

Qui est Slim Amamou ? Comment te définirais-tu ?

Je suis informaticien, programmeur à la base, gestionnaire d’une équipe de développeurs d’applications web pour les entreprises. Je participe à l’élaboration des standards d’internet, son architecture, des détails assez techniques…
J’espère retourner rapidement à mon ancien travail qui me passionne énormément car le boulot que j’exerce actuellement ne m’enthousiasme pas vraiment.

Quelles sont tes passions ?

Je participe à des forums concernant l’Open Source et l’accès au savoir. Ce sont les sujets qui me préoccupent le plus, sans compter les sujets que j’aborde sur mon blog que je compte reprendre bientôt, vu qu’il n’est plus censuré là.


Tu peux nous décrire comment s’est déroulé ton engagement sur la voie du militantisme et ta participation à l’action Sayeb Salah ?


Justement, tout a commencé avec l’action Sayeb Salah (ndlr : la campagne lancée par des internautes tunisiens contre la censure des sites web en Tunisie). Un groupe d’internautes a voulu organiser une manifestation dans une période où la censure du net s’est vraiment déchaînée. Nous avons fait, avec plusieurs blogueurs, des photos avec l’inscription Sayeb Salah et Free 404. J’ai pris la mienne devant le siège de l’ATI ; Agence tunisienne de l’Internet. Cette photo a été reprise par plusieurs journaux et médias et intensivement sur internet. C’est grâce à cette photo qu’on m’a appelé et proposé d’organiser la manifestation du 22 mai.

C’est à cause de la manifestation du 22 mai que la police t’a arrêté pour la première fois, non ?
On s’est proposés, Yassine Ayari et moi, pour préparer les papiers nécessaires à l’organisation de la manifestation, et les soumettre au ministère de l’intérieur. On a filmé des vidéos décrivant en détail notre démarche. La veille de la manifestation, on nous a capturés et emmenés dans deux postes de police différents.
 
Les interrogatoires ont duré 12 heures, au bout desquelles on nous a relâchés et demandé d’informer par vidéo que la manifestation du 22 mai est annulée. Nous n’avons reçu aucune menace et nous avons juste signé un engagement pour ne plus chercher à lancer ce genre d’initiative (ce qui n’a aucune valeur car c’est un droit constitutionnel de manifester).

Qui est Anonymous et quelle est ta relation avec lui ? Pourquoi l’avoir choisi comme sujet de ta conférence au TEDx Carthage ?
J’ai abordé le sujet d’Anonymous pour la première fois au Liban, dans le cadre d’une conférence sur la culture d’internet. J’ai effectué une démonstration sur la culture d’internet en général et j’ai tenu à expliciter le caractère innovateur et particulier de ce concept. J’ai présenté les notions de Smilies, Memes, etc… Entre autres, j’ai mis l’accent sur la notion d’Anonymous, comme sujet philosophique à la base.

J’ai proposé le sujet d’Anonymous à l’occasion du TEDx et ça a plu aux organisateurs, c’est un nouveau concept difficile à cerner et c’est justement cette difficulté à l’expliquer qui m’a mis dans l’embarras, lors de mon arrestation au Ministère de l’Intérieur. Ils m’ont accusé d’être cet Anonymous, hors c’est une entité anonyme, il peut être tout le monde.

Décris-nous les conditions de cette dernière incarcération qui a précédé la révolution du 14 janvier?

Ce fut 5 jours d’interrogatoire au Ministère de l’Intérieur. Incapable de dormir pendant 5 jours, assis sur une chaise, menotté, ils te font croire qu’ils ont capturé tes amis et qu’ils sont en train de les torturer. C’est beaucoup plus une torture morale que physique. C’était très dur.

On me faisait croire qu’on faisait du mal à mes proches, ils ont réussi à me faire entrer dans une phase de doute énorme, je croyais que je n’aurai la paix que lorsque je reverrai les gens que j’aime en bonne santé. Les menaces y étaient, j’étais interrogé par à peu près une vingtaine de personnes.

Un jour, deux personnes sont venues avec une valise, j’entendais des agents chuchoter, à ce moment-là, je pensais qu’ils allaient vraiment me faire souffrir physiquement. Ils me jouaient simplement sur les nerfs… Je trouve que ce fut exagéré d’agir avec nous de la sorte, on m’accusait de pirater les sites web et d’être Anonymous alors qu’ils ne savaient même pas ce que c’était justement, Anonymous.

Comment tu as su que tu allais devenir secrétaire d’état ? Quelle a été ta réaction ?

On m’a appelé avant la déclaration officielle de la liste des membres du gouvernement, on m’a proposé le poste et j’ai accepté immédiatement. J’ai trouvé que c’était évident d’accepter, je n’ai pas hésité une seconde. Je n’aurais jamais pensé avoir cette proposition, c’est une chance énorme et il ne fallait pas la rater.

J’aurais été très content si on avait proposé cela à n’importe quelle autre personne de la communauté du net. Une personne d’entre nous au sein du gouvernement qui pourra suivre ce qui se passe de près est une opportunité inestimable. Ce qui m’intéressait c’est d’être au milieu de l’action, je n’ai pensé à aucune considération politique ni à ce que les autres allaient penser de moi plus tard. Ce qui m’intéressait surtout c’est d’être au cœur de l’action.

Quelles sont tes fonctions au sein de ce nouveau gouvernement et comment se passent ces premières journées au sein de l’union nationale ?

Dans les réunions ministérielles, je prends les contacts des autres ministres pour pouvoir les consulter, mon but sera d’avoir des contacts directs avec les membres du gouvernement, pour avoir des informations fiables et de première main.

Le problème maintenant c’est que rien n’est encore stable. Le premier ministre et le ministre de l’intérieur sont très occupés. C’est difficile de m’entretenir avec eux comme j’en ai envie.

Je connais personnellement les personnes du gouvernement pour avoir une information fiable et pouvoir les conseiller. Je ne suis pas directement impliqué dans les affaires décisives, du moins pas encore, il est encore très tôt. J’essaierai d’apporter mon savoir-faire, contester et conseiller le cas échéant.

Le gouvernement de transition vient tout juste d’être remanié, que penses-tu de ce nouveau gouvernement ? et de l’ancien ?

Je n’ai pas encore rencontré les membres de ce nouveau gouvernement (ndlr : à la date d’écriture de ces lignes, soit le 28 janvier), je dois le faire cette après-midi, mais je n’avais rien également contre l’ancienne composition gouvernementale.

Quelle est la position du gouvernement vis à vis de ce qui se passe actuellement en Egypte ? Comptez-vous vous prononcer là-dessus ?

Je ne sais pas si le gouvernement va prendre position, on va peut être prendre une décision lors du prochain conseil ministériel, ce serait très intéressant si on pouvait faire une déclaration. Le peuple tunisien soutient énormément cette révolution et l’action d’Anonymous s’impose naturellement là-bas comme elle s’est imposée lors de la révolution tunisienne.

Quelles sont tes ambitions politiques ?

Je n’ai aucune ambition politique. Après cette période de transition, je voudrais retrouver mon statut d’avant, agir comme un citoyen normal.

J’ai des positions politiques comme tout le monde, je voudrais que la Tunisie soit laïque, je voudrais plus de libertés. Il y a plusieurs choses que je désapprouve dans la constitution, ainsi que dans les lois. Je voudrais voter pour le président qui me plait, peut être que je vais faire campagne pour quelqu’un qui répond à mes exigences et aspirations.




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