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Le Pouls de la rue et la scène politique : Marzouki partant?! Et si c’était vrai ?!

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Publié le 08/05/2012


Il est des moments où il est plus agréable, et plus instructif même, d’être à l’écoute du pouls de la rue, surtout pour ce qui concerne la scène politique. En effet, des fois, on est tellement dans la diarrhée du discours dit affranchi (il l’est quand même, pourquoi le nier !) qu’on retombe dans une autre langue de bois aussi bruyante et aussi banale que celle dont on se croyait avoir été libéré par un hasard inespéré. C’est alors qu’on recourt aux cafés et autres lieux publics où la vraie polyphonie est effective, comme dans une authentique école de démocratie. Voici l’une de ces discussions à laquelle j’ai assisté aussi surpris qu’intéressé par la richesse des informations, la profondeur des analyses et la fertilité de l’imagination :

 

  --Vous savez qu’Ennahdha est en train de préparer un coup d’Etat médical à Moncef Marzouki, un peu à la manière du 7 novembre 1987. Ils ne manquent pas d’arguments, notamment celui de ses séjours psychiatriques très connus par le passé, réclamés par plusieurs voix, notamment par Amor Shabou, et reconnus par le président transitoire lui-même !

--Ça va pas ? Et qui comptent-ils mettre à sa place ?

--Mustapha Ben Jaâfar, évidemment, le seul à avoir joué totalement leur jeu ; d’autant plus que maintenant, il peut constituer un bon intermédiaire pour amadouer le nouveau président français dont on connaît la connivence idéologique avec le chef d’Ettakattol et avec le fondateur du PDP, Négib Chebbi.

--Mais Marzouki n’est-il pas leur produit ? Un de ses ministres a bien dit qu’ils étaient 3 personnes au CPR avant le 14 janvier, 7 personnes juste après, puis un vrai grand parti…

--Grâce au Mouvement Ennahdha effectivement ; mais il paraît que le « résident du palais de Carthage », selon l’expression d’un de ses anciens amis, commence à jouer son propre match (l’expression utilisée est : « Ikaouar Wahdou », ce qui laisse supposer que celui qui parlait était tout aussi connaisseur en matière de football). Il commence déjà à marquer des points contre le gouvernement accusé de bloquer la politique du président. Il commence même à pousser des voix complices à s’attaquer à certains symboles de l’institution militaire, jugés peu enclins à se liguer avec lui. Par ailleurs, il a mis en place une vraie machine de communication forte de la connivence à peine voilée de certains journalistes et responsables de presse (C’est sans doute leur droit citoyen d’avoir des engagements) ; ce qui lui a permis de temporiser ses discours et ses déclarations. Il s’est assuré l’appui de certains hommes d’affaires. Enfin, tout ce qu’il faut pour réussir sa prochaine compagne, même sans parti politique, juste au nom de la présidence, sachant pertinemment que pour le peuple tunisien l’institution présidentielle est très influente.

--Vous croyez donc que c’est Ennahdha qui a fragilisé Ettakattol et qui fragilise maintenant le CPR ? Certains pensent qu’elle n’a pas intérêt à affaiblir ses alliés actuels, ce serait absurde !

--Eh bien, ils n’ont rien compris et ils ne doivent pas savoir comment fonctionne la machine politique. Ennahdha ne veut plus rester à la merci d’autres partis même si c’est elle qui leur donnerait tout l’appui dont ils auraient besoin. Elle a juste besoin de 51 % des voix dans les prochaines élections et elle voudra récupérer tous ses moyens pour elle ; d’autant plus qu’elle voit de visu certains de ceux qu’elle a créés se retourner contre elle. On parle déjà d’une restructuration de la coalition du pouvoir à l’intérieur même de l’Assemblée constituante. Ayadhi va se liguer avec d’autres parlementaires pour constituer un autre groupe parlementaire plus fort que celui du CPR : il va alors renégocier la distribution des pouvoirs et des portefeuilles ; la troïka deviendra un quatuor dans lequel le CPR classique deviendrait particulièrement minoritaire, fournissant ainsi toutes les conditions d’une redistribution des rôles à ses dépens, voire même d’une restructuration du pouvoir pour le reste de la période de transition.

 

Je ne sais de quelle catégorie sociale était ce dernier interlocuteur ; il ne paraissait pas beaucoup trop raffiné ou prestigieux pour les autres ; mais il était d’une éloquence enthousiaste qui le ferait prendre pour un leader politique ou un politologue attesté. Que dis-je ? Il ne doit être qu’un homme du peuple, car ces jours-ci, c’est l’homme du peuple qui est peut-être le plus conscient, le plus lucide et le plus éloquent.

Je me suis souvenu alors du conseil d’un ami : « Tu sais, si tu veux te sentir mieux dans ce marasme généralisé, va dans un café ou dans n’importe quel lieu où tu te sentirais au milieu des gens du peuple et évite de regarder ou d’écouter les informations et les discussions politiques dans les médias. » J’ai alors considéré que j’avais pris ma dose de la leçon populaire en lieu public et je suis parti avec une question me chatouillant la cervelle : « Et si c’était vrai !? ».

 

Mansour M’henni
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